J’ai retrouvé ma Game Boy Color dans un carton la semaine dernière. Piles mortes, écran rayé, mais le cartouche de Pokémon Cristal encore dedans. Et là, forcément, l’envie de rejouer. Sauf qu’en 2026, je me suis vite rendu compte que le paysage du retrogaming avait complètement muté depuis la dernière fois que je m’y étais intéressé.
Perso, j’y touchais plus depuis 2019.
Un secteur qui bouge dans tous les sens
Le truc c’est que le retrogaming, aujourd’hui, ce n’est plus juste une histoire de nostalgeek qui bidouille RetroArch dans son coin. C’est devenu une vraie industrie, avec des sorties officielles, des rééditions matérielles, du streaming natif, et même des fabricants historiques qui ressortent leurs consoles cultes. Et comme dans d’autres secteurs du divertissement numérique où payer en crypto ou en devises classiques est devenu monnaie courante, les plateformes retrogaming explorent elles aussi de nouveaux modes de paiement. La NeoGeo AES+ annoncée par SNK pour 2026 a d’ailleurs pulvérisé ses objectifs de vente en 24h. Vingt-quatre heures. Ça en dit long sur l’appétit du public.
Et je ne parle même pas de Metal Slug qui fête ses 30 ans avec un nouveau jeu officiel annoncé. Trente ans. On se sent vieux d’un coup.
La fin d’une époque pour les ROMs sauvages
Fin mars, Myrient a fermé ses portes. Pour ceux qui ne connaissaient pas, c’était un des plus gros sites de ROMs et d’ISO du web, une sorte de bibliothèque géante où tu pouvais retrouver quasiment n’importe quel jeu des trente dernières années. Sa disparition, c’est un peu la fin d’un modèle. Le préservationniste amateur qui archive dans son coin, ça devient compliqué avec la pression juridique actuelle. Franchement, c’est triste, mais pas surprenant.
À la place, ce qui monte, c’est du légal, du navigateur, du cloud. Le retrogaming se déplace du disque dur perso vers le serveur distant. Un peu comme le divertissement en ligne au sens large d’ailleurs — quand je vois les promotions d’Alexander Casino qui cartonnent en ce moment, on est dans la même logique : tout se joue directement dans le navigateur, sans installation, sans prise de tête. Le local, c’est fini.
Mario Kart Wii dans le navigateur, sérieusement
Le truc qui m’a le plus scié récemment, c’est l’annonce autour de Mario Kart Wii. On parle littéralement de pouvoir y jouer sans Dolphin, sans Wii, sans rien. Juste ton navigateur. Fini les tutos de 45 minutes pour configurer un émulateur, fini les BIOS à trouver on-ne-sait-où, fini les manettes qui ne sont pas reconnues. Tu ouvres un onglet, tu joues.
Alors évidemment, techniquement c’est pas magique. Il y a WebAssembly derrière, des compilateurs qui font des miracles, et probablement des zones grises côté droits d’auteur. Mais l’expérience utilisateur ? Imbattable.
Ce que ça change concrètement
- Plus besoin d’un PC de gamer pour émuler des consoles de la génération PS2/GameCube
- Le multijoueur en ligne redevient accessible même sur des jeux qui n’avaient jamais eu de netcode digne de ce nom
- Les ChromeBooks, tablettes, smart TV deviennent des plateformes viables
- La sauvegarde cloud rend le progrès portable entre appareils
Je teste actuellement un émulateur PS1 dans Chrome sur ma tablette. Ça tourne. Vraiment bien.
Le grand match entre officiel et non-officiel
Ce qui est intéressant, c’est la tension permanente entre l’offre légale et l’écosystème communautaire. D’un côté, les éditeurs comme SNK, Sega, Nintendo qui poussent leurs propres solutions (abonnements, mini-consoles, ports officiels). De l’autre, les émulateurs open source qui restent souvent techniquement supérieurs.
| Approche | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| Consoles rééditées (type NeoGeo AES+) | Qualité officielle, manettes dédiées, objet collector | Prix élevé, catalogue fermé |
| Abonnements éditeurs | Légal, sauvegardes cloud, mises à jour | Catalogue limité, dépendance à l’abonnement |
| Émulation navigateur | Zéro installation, multi-appareils | Zone légale floue, performances variables |
| Émulation locale classique | Contrôle total, performances max | Setup complexe, obtention des ROMs |
Perso, je pense que les quatre vont coexister encore longtemps. Chacun sert un public différent.
Ce qui manque encore, honnêtement
Malgré tout ce que je viens de dire, y’a des trucs qui coincent. La préservation, déjà. Avec la fermeture de Myrient et d’autres archives, beaucoup de jeux obscurs risquent tout simplement de disparaître. On parle de jeux japonais jamais sortis en Occident, de prototypes, de versions bêta, de tout ce patrimoine underground que personne d’autre que les fans ne conservait.
Ensuite, la latence. Jouer à Street Fighter III sur un serveur distant, c’est jouable, mais si tu viens de la scène compétitive, tu sentiras la différence. Le 1 frame link, ça pardonne pas.
Et puis y’a la question du prix. La NeoGeo AES+ à plusieurs centaines d’euros, les abonnements qui s’accumulent, les jeux vendus à l’unité sur les stores officiels… On finit par payer trois ou quatre fois pour jouer aux mêmes jeux qu’on avait déjà en cartouche il y a 25 ans. Un peu abusé quand on y pense.
Où jouer aujourd’hui sans se prendre la tête
Si je devais donner mon avis à quelqu’un qui débute (ou qui reprend après une longue pause), voilà les pistes que je conseillerais pour explorer le retrogaming en ligne en 2026 :
- Les abonnements consoles modernes : Switch Online, PS Plus Premium, Xbox Game Pass — ils ont tous leur section rétro, avec des ajouts réguliers
- Les émulateurs web bien fichus : certains sites proposent des bibliothèques entièrement légales (jeux tombés dans le domaine public, jeux abandonnés autorisés par leurs créateurs)
- GOG et Steam pour les jeux PC old-school : DOSBox pré-configuré, patchs communautaires intégrés, ça marche du premier coup
- Les rééditions physiques pour ceux qui veulent l’expérience matérielle authentique avec le confort moderne (HDMI, sauvegardes, manettes sans fil)
Le plus dur, c’est de choisir par où commencer.
Un mot sur la communauté
Ce que je trouve génial, c’est à quel point la scène est vivante. Il y a des tournois Mario Kart 64 en ligne toutes les semaines, des speedruns diffusés en live sur les grandes plateformes, des Discord dédiés à chaque console avec des milliers de membres. Le retrogaming n’est plus un truc de vieux nostalgiques, c’est un mouvement culturel intergénérationnel. Mon neveu de 14 ans joue à Chrono Trigger et le trouve mieux que la moitié des jeux modernes — à peu près le même âge que ma nièce qui me posait récemment des questions sur les mythes et rumeurs qui circulent sur le web. Il a raison, d’ailleurs.
Alors oui, on a perdu Myrient. Oui, y’a des zones d’ombre juridiques. Oui, ça coûte parfois cher.
Mais franchement, jamais on n’a eu autant de moyens différents de rejouer aux jeux de notre enfance ou de découvrir ceux qu’on avait ratés. Ma Game Boy Color est repartie dans son carton. J’ai pas besoin d’elle. Mon navigateur suffit maintenant.















